Vétérinaire rural, profession en déficit ?
Alain Michaux, vétérinaire belge, sillonne la campagne. C'est ce qu'il aime, « même si c'est plus usant et moins rentable que d'être vétérinaire auprès des animaux de compagnie ».
Les campagnes reçoivent de plus en plus de professionnels venus de l'étranger. L'activité canine attire davantage les jeunes sortis d'école.
Cette nuit-là, Alain Michaux s'est levé à 4 h. Pour aider une vache à mettre bas, « éclairé à la lumière du tracteur » et « plus tard » pour castrer un âne. Vétérinaire de nationalité belge, il a choisi en 1994 de s'installer à la campagne, à Saint-Sever, 1320 habitants dans le Calvados. Parce qu'« en France, la demande de vétérinaires ruraux est plus forte qu'en Belgique ». Etqu'il « préfère discuter avec les agriculteurs que de voir défiler les « Da-dames » et leur chien », même s'il fait aussi du canin.Surtout, il aime « battre la campagne ».
Dans son cabinet, il travaille « entre compatriotes », avec son associé et Annika, jeune salariée arrivée en juillet.Les deux premiers sont Wallons, Annika est Flamande. « Nous avons tous obtenu notre diplôme de vétérinaire en Belgique, ce qui nous autorise à exercer en France. Et puis, il n'y a pas vraiment de barrière de la langue, même si le patois d'ici n'est pas toujours évident à comprendre », s'amuse-t-il.Une commune voisine, sept kilomètres plus loin, compte aussi deux vétérinaires de nationalité belge.
Alain Michaux s'étonne devant le nombre de postes disponibles, dans les zones rurales. « Il existe quatre grandes écoles en France, mais les jeunes ne veulent plus travailler à la campagne. C'est plus physique et plus contraignant : il faut souvent se lever la nuit. »
Le Docteur Michel Jeanney, de La Dépêche vétérinaire, confirme : « De nombreux étudiants vétérinaires viennent des villes. C'est souvent pour soigner les animaux de compagnie qu'ils choisissent le métier. »
Au-delà de ce constat,le frein majeur résiderait dans l'insuffisance du nombre de places dans les écoles françaises. Beaucoup d'étudiants français migrent en Belgique.
Mais cette situation pourrait changer. Le rapport Attali préconise d'augmenter le nombre d'élèves à l'entrée des écoles vétérinaires.Reste à savoir si la profession de vétérinaire rural gagnera elle aussi en effectifs...
Angélique CLÉRET.
Ouest-France