Joseph Costard, président des conchyliculteurs normands, en grande discussion avec des élus de la Région et du conseil général. « Pour l'instant, on ne peut rien faire. On ira voir les élevages à la marée du 18. D'ici là, on va très mal dormir : tous les bassins sont touchés. » Sauf Chausey. « Ça va de 30 % à 100 % de mortalité chez les juvéniles. » La côte ouest, spécialement le secteur Blainville - Gouville, est très touchée.
Depuis le début de la crise, Ifremer s'évertue à en trouver la cause au sein de Repamo (Réseau pathologie mollusque). Le premier cas s'était déclaré fin mai à l'étang de Thau (Méditerranée). « Mais on a observé une simultanéité de cette mortalité sur l'ensemble des bassins, relate Michel Ropert, basé à Isigny-sur-Mer. Les premiers résultats font apparaître qu'il n'y a pas un pathogène unique. » Ifremer cherche donc une combinaison de plusieurs facteurs pathogènes, voire « des pathogènes inconnus ».
Des eaux plus chaudes
L'environnement est un autre domaine d'investigations. « Nous avons constaté des températures de l'eau supérieures à la normale sur l'ensemble des sites touchés. » Par exemple, elle était de 19 ° mardi à Gouville-sur-Mer, contre 18° en temps normal. Autre indicateur concordant : les huîtres adultes sont précoces. « Elles sont laiteuses et prêtes à pondre. Théoriquement, cela se produit en août pour la côte ouest et en septembre en Bais des Veys. » Ifremer ne va pas jusqu'à dire que ce réchauffement est à l'origine de la mortalité des jeunes huîtres. L'institut attend d'autres résultats d'analyse. « Mais ce sont des signes que 2008 n'est pas une année normale. »
Pour l'heure, les conchyliculteurs évoquent un possible chômage technique et demandent des aides financières. « Les pertes se chiffrent en dizaine de millions d'euros, poursuit Joseph Costard. La profession devra aussi adapter ses pratiques, c'est-à-dire préserver ses stocks et étaler sa production sur deux ou trois ans. » Message entendu par le Département, la Région et l'État, tous représentés à la réunion hier matin. « Il n'y a pas de risques pour le consommateur, insiste Eric de la Moussaye, sous-préfet. La profession devra être aidée pour la communication, l'emploi et pour les emprunts supportés par des entreprises. » Qui ? Quand ? Combien ? « Ce sera l'objet d'une réunion de crise vendredi au ministère de l'Agriculture. »
Christophe LECONTE.
(1) La Basse-Normandie produit 27 000 tonnes d'huîtres par an : 12 000 sur la côte ouest de la Manche, 7 000 à Saint-Vaast-la-Hougue, 1 000 à Utah-Beach, 6 000 tonnes en baie des Veys et 1 000 Côte de Nacre.

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