La saint-jacques ferme sur fond de crise
La coquille Saint-Jacques a été plus rare cette année, dans la baie de Seine. Mais la rareté n'a pas fait monter les prix. Une affaire de pouvoir d'achat en berne.
La production a été plus faible et les prix ont baissé. Pendant ce temps, le prix du gasoil flambe et à Cherbourg les chalutiers restent à quai.
La pêche s'est arrêtée hier soir à minuit. Les dernières coquilles fraîches arrivent sur les étals aujourd'hui, les toutes dernières demain. Lundi, à Grandcamp, « trois ou quatre bateaux étaient encore à la coquille, indique Jean-Louis Lecaplain, président du comité local des pêches de Grandcamp-Maisy. Elles étaient vendues à 2,50 €, sous la criée ».
Deux euros et demi : voilà bien où le bât blesse. Les prix n'ont pas franchement décollé cette saison. « À Port-en-Bessin, le prix moyen a été de 2,92 €, en baisse de 5 % par rapport à la saison précédente », note Dominique Lamort, responsable de Normandie fraîcheur mer, organisme qui valorise la coquille de la baie de Seine. La coquille Label rouge, le dessus du panier triée sur le volet, voit son prix se tasser lui aussi. « On l'a vendue à 3,43 € contre 3,65 €, l'an dernier. »
Le prix baisse le tonnage aussi
S'ajoute à ce recul de prix, un repli des débarques. « Nous avions annoncé 10 000 tonnes », rappelle Éric Foucher, chef du laboratoire ressources halieutiques d'Ifremer à Port-en-Bessin. Difficile, toutefois de dire si le compte y est. À Honfleur, Trouville-sur-Mer, Ouistreham, Courseulles et Saint-Vaast-La-Hougue, l'essentiel de la vente se fait directement aux mareyeurs, hors criées. « C'est la première fois que le prix baisse quand le tonnage est en baisse », remarque Dominique Lamort qui évoque « un problème de pouvoir d'achat des consommateurs ».
Une première qui tombe on ne peut plus mal, quand le gasoil atteint le prix jamais connu de 70 centimes d'euro le litre. Et ce qui vaut pour la coquille vaut pour les autres espèces : « La sole n'est pas là », indique Richard Brouze, directeur de l'Organisation de producteurs de Basse-Normandie (OPBN). La seiche est absente aussi. Seul présent : le cabillaud. Il est là en quantité. Les pêcheurs en pêchent sans même le chercher, mais le quota est limité. Pas question de le débarquer, d'autant, comme le précise Éric Foucher, que « ce sont des juvéniles qui n'ont pas eu le temps de se reproduire ». Ils l'auront fait l'an prochain. Encore faut-il que les bateaux tiennent jusque-là.
À Cherbourg, les hauturiers viennent de décider de rester au port en mai. Déjà, l'hémorragie se fait sentir parmi les équipages. Certains matelots cherchent du travail ailleurs. Hier après-midi, le président du comité régional des pêches, Daniel Lefèvre, a été reçu avec une délégation par le sous-préfet de Cherbourg. Ils lui ont remis une lettre pour le ministre de la Pêche.
Philippe SIMON.
Repères. Débarque 2007-2008. Criée de Port-en-Bessin : 1 200 tonnes pour un prix moyen de 2,02 € le kg. Grandcamp-Maisy : 1 260 tonnes pour un prix moyen de 2,82 €.
Ouest-France